Chacun sait que la photo animalière exige beaucoup de patience, une connaissance de l’éthologie animalière et une maitrise de la technique photo. Combien de fois sommes-nous rentrés bredouilles...? Nos clichés réussis représentent juste la partie visible de l’iceberg.
Néanmoins, parfois, Mère Nature ou simplement la chance, nous donne un coup de pouce, nous fait un cadeau pour y parvenir.
Voici donc quelques exceptions qui confirment la règle.


Colibri Haut-de-chausses à palettes
(cola de raqueta)
Certaines espèces colibris sont très territoriales, c’est à dire que lorsqu’un colibri mâle s’installe dans un endroit, il va jalousement garder son territoire. Un comportement typique est celui du colibri Coruscans, présent dans plusieurs pays américains. Certains mâles adultes se posent sur une brindille en faisant le guet, et gare à celui qui envahi son territoire. Immédiatement, il attaque l’intrus en le poursuivant, lui donnant des coups d’ailes ou de pattes.
Curieusement, l’intrus ne fait jamais face, comme s’il avouait sa faute. C’est également valable pour d’autres espèces, comme ici, en Europe, où il n’est pas rare qu’un merle chasse une pie ou un couple de corbeaux, qu’il fasse peur à une buse qui s’approche trop de son domaine. En Equateur, à l’affut, je me suis amusé à les regarder.
Un mâle queue de raquette avait décidé de monter la garde sur 3 plantes à fleurs et un abreuvoir. De temps à autre, un 2eme mâle faisait irruption. Le scénario était toujours identique. Le male intrus arrive, le male propriétaire lui fait face durant 1 seconde en vol presque stationnaire, s’en suit une course poursuite endiablée.
Fait remarquable: le mâle intrus fuit en volant en marche arrière, pendant que le male propriétaire lui fonce dessus.
Question que je me suis toujours posé: comment, durant un vol rapide, en marche arrière, le mâle intrus peut se repérer sans se cogner sur les arbustes environnants. L’agresseur et l’agressé communiquent-ils entre eux?
J’ai pu réaliser un cliché de ces querelles, au moment où ils se font face! Le résultat est amusant, car le deuxième mâle est caché par le premier et seules ses ailes et ses pattes sont visibles. "...Une illusion de colibri à 4 ailes"
Défendre son territoire des ennemis ou des envahisseurs comme le fait le colibri a inspiré quelques hommes. Ainsi, en Amérique du Sud avec Bolivar, San Martin, Sucre... Mais ceci est une autre Histoire!



Visite impromptue d’un Amazilia
Je venais juste de finir l’installation de mon équipement autour d’une fleur susceptible d’être visitée par les colibris, quand, subitement, un joli visiteur vient inspecter l’offrande. Pas le temps de vérifier le cadrage et l’éclairage, en seulement 10 secondes, il a fait le tour et introduit son bec dans la cupule.
Par reflexe, j’attrapé le déclencheur filaire qui était déjà connecté à l’appareil et j’ai ainsi pu, extrêmement rapidement, réaliser 2 photos. Ensuite, je me suis précipité sur l’écran de contrôle de l’appareil pour constater avec étonnement cette belle prise... presque fortuite!



Le coup de l’Hermitain au Brésil
Chaleur étouffante et peu de passage de colibris à l’endroit choisi. Aux alentours de 17h, le soleil commence à décliner pour aller se perdre rapidement derrière la colline du village.
Je modifie les réglages de l’appareil en conséquence, en sachant que le fond est maintenant très faiblement éclairé et qu’il faut descendre au 1/25 s pour obtenir quelques détails sur celui-ci.
La zone de cadrage où j’attends le sujet est éclairé par un flash frontal oblique de 45 degrés par rapport à l’axe optique, ainsi que 2 spots flash supérieurs. Le soleil entame sa descente derrière la colline et un flare latéral pointe déjà à la périphérie de l’optique.
A ce moment, un Amazilia ose se positionner dans la zone de mise au point, virevoltant de droite à gauche. Juste le temps de faire une photo... Au visionnage, rien de terrible... Se trouvant devant le plan de mise au point, l’oiseau est flou!!
Lors du repas du soir je m’attarde sur cette photo ratée. Bons sang...! la construction n’est pas vilaine...!!! il faudrait rallonger le temps de pose à 1 seconde pour effacer les mouvements des ailes, lesquelles seront englouties dans la blancheur de la surexposition solaire...!! Il y a un coup à jouer... On ne sait jamais, me suis-je dit, je tenterai le coup demain... en espérant que les conditions d’éclairages soient les mêmes...!!!
Le lendemain, j’ai la chance de photographier le colibri Coquette ce qui représenté une belle vision ainsi qu’une belle façon de commencer la journée. Attendons maintenant les 17h... Par bonheur je retrouve des conditions climatiques identiques à la vieille.
5:03 p.m.: je refais un checkup rapide:
- Le Sigma 180mm est solidement fixé sur le trépied Manfrotto via une rotule pendulaire
- Vitesse 1s
- Diaphragme sur 11
- Mise au point manuelle, dont la netteté n’excède pas les 3 mm de profondeur sur l’aire de passage théorique des colibris
5:06 p.m.: l’amazilia passe, mais il est trop en arrière par rapport à la zone de netteté définie (photo très floue, complètement ratée)
5:07 p.m.: le soleil entame sa descente derrière la colline... et pas de colibri en vue!
5:08 p.m.: quelques mouvements dans les arbustes environnants... Le soleil continue à descendre
17:08:19: le soleil continue sa chute... j’ai seulement une poignée de secondes pour faire ce foutu test!!
17:08:46: 2 colibris sortent des arbustes... j’en distingue un, mais impossible de reconnaitre l’espèce... il est complétement à contrejour, coupant le faisceau de lumière du soleil
17:08:49: le colibri se dirige vers la zone de netteté!!!!!
17:08:51: le colibri est en vol stationnaire dans la zone de netteté!!!... au bord de l’infarctus, je presse fébrilement sur la télécommande filaire... J’ai la photo
Bonus de la chance
Au visionnage, comble du bonheur, au lieu de l’Amazilia versicolor, le colibri capturé est un hermitain Phaethornis pretrei - Ermite de Prêtre - Ermitaño del Planalto - Planalto Hermit.



Le serrirostris s’invite
De passage chez mon ami Gonça, à la Pousada da Fazenda, dans la région de Sao Paolo au Brésil je m’apprêtais à dédier ma matinée à l’observation et aux prises de vues de Colibris.
Comme d’habitude dans de telles circonstances, j’installe mon équipement photo suivant une procédure répétitive dictée par mon expérience personnelle. Le dernier checkup concerne l’éclairage et la prise d’une photo à vide pour m’assurer que je suis sur la bonne voie.
J’étais en plein dans cette dernière étape quand le colibri rentre dans ma zone de prise de vue... Sans trop réfléchir, je presse sur la télécommande filaire de mon appareil photo. Et voilà que, me trouvant dans les préparatifs avancés à la prise de vues, la chance me sourit et me gratifie d’une photo super intéressante, tant par la lumière que par l’attitude du Colibri.